Le RFMM est activement engagé dans la promotion et la progression de la participation significative et efficace des femmes aux processus de paix.

Plaidoyer

Dans le cadre de son rôle de plaidoyer, le RFMM participe non seulement à des appels mais également à des campagnes internationales en menant des activités spécifiques ciblées.

Lettre à Stephanie T. Williams, Représentante spéciale adjointe du Secrétaire général et Chef par intérim de la Mission d'appui des Nations Unies en Libye (MANUL)

Le 20 avril 2020, le Secrétariat du RFMM a adressé une lettre à Mme Stephanie T. Williams, Représentante spéciale adjointe du Secrétaire général et Chef par intérim de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL), afin de lui faire part des préoccupations du Réseau quant à la situation des femmes libyennes face aux conséquences du conflit prolongé.

Après avoir brûlé pendant près de neuf ans, le pays s’est pratiquement complètement effondré devant une communauté internationale qui agit comme si le conflit tout entier avait cessé d’exister. L’impact de la guerre sur les civils est incalculable et affecte les populations de toutes les régions du pays à une échelle jamais vue auparavant. Avec l’utilisation croissante d’armes explosives, le nombre de victimes augmente et près de 900 000 personnes ont besoin d’une aide humanitaire. Selon l’ONU, en 2019, les conflits en cours dans les zones peuplées ont touché directement environ 1,62 million de Libyens, avec plus de 345 000 personnes qui ont fui leur foyer et ont été déplacées, y compris 150 000 à Tripoli et dans ses environs depuis le début de l’offensive de Haftar en avril 2020.

Comme dans toutes guerres civiles, les femmes en Libye – ainsi que les enfants et les jeunes – font partie des civils les plus touchés par le conflit. Plus de la moitié des quelques 900 000 personnes nécessitant d’une aide humanitaire sont des femmes et des enfants. Sur la base d’une analyse intersectorielle des besoins, on estime que 278 000 femmes requièrent une aide humanitaire et 150 000 d’entre elles sont confrontées à des problèmes de protection tels que la violence sexiste. Environ 170 000 femmes ont des difficultés à accéder à des services de santé suffisants et 36 000 filles ont besoin d’un soutien pour parvenir à une éducation de qualité[1].

Une étude récente menée à Tripoli indique que le manque général de lieux sûrs, de vie privée, l’insécurité et le harcèlement sont les principales sources de préoccupations des femmes et des filles en matière de sécurité. Alors que le conflit actuel s’intensifie, les femmes et les jeunes filles continuent d’être confrontées non seulement à des mouvements restrictifs à Tripoli, mais aussi à des enlèvements, à l’exploitation et aux abus sexuels. En outre, les femmes migrantes et réfugiées en Libye sont exposées au risque de viol et d’autres formes de violence sexuelle et sexiste, d’exploitation sexuelle et de prostitution forcée en détention et en général – comme l’a souligné l’ancien Secrétaire général Ghassam Salamé.

La violence sexuelle à l’égard des femmes est souvent utilisée comme un outil de guerre systématique et elle se produit généralement dans un contexte de discrimination structurelle fondée sur le sexe. En fait, les femmes libyennes continuent de faire l’objet de discriminations en droit et dans la pratique, notamment en ce qui concerne les questions liées au mariage, au divorce et à l’héritage, ainsi que de restrictions de voyage et d’intimidation, affectant ainsi leur choix vestimentaire, leur comportement et leur participation à la vie publique. Les normes patriarcales, amplifiées par la présence de groupes armés et la disponibilité généralisée d’armes dans chaque foyer, sont la cause principale de la violence sexiste et du manque de sécurité pour les femmes. Comme l’a déclaré l’ONU en février 2020, le pays possède le plus grand stock de munitions non contrôlé au monde, estimé entre 150 000 et 200 000 tonnes.

La disparition de Mme Sihan Sergewa, une législatrice de la Chambre des représentants libyenne, emmenée de force de son domicile à Benghazi en juillet 2019, témoigne du fait que les femmes défenseures des droits de l’homme sont la cible de menaces et d’intimidations croissantes. En outre, l’exclusion des femmes de la sphère politique s’est banalisée au sein de tous les partis en raison de l’intensité accrue des conflits régionaux, de la prolifération des milices armées, de l’inclusion des querelles tribales dans le conflit et de la concurrence pour obtenir le pouvoir politique et le contrôle des ressources. [2]

Néanmoins, les femmes libyennes ont continué à soutenir la paix et la sécurité dans tout le pays, en particulier au niveau communautaire. De Derna à Tripoli, Benghazi, Sebha et Ubari, les femmes négocient les conflits au sein des familles, des clans et des communautés locales[3]. En dépit de leur contribution exceptionnelle à la sécurité humaine de l’ensemble de la population, leur rôle n’est pas encore reconnu à la fois au niveau national et international.

Les femmes libyennes sont toujours exclues des pourparlers de paix, des consultations et des réunions formelles et informelles. Tout en admettant qu’au cours des dernières années, la MANUL s’est efforcée de soutenir la création de réseaux de femmes, il reste encore beaucoup à faire. Comme l’a fait remarquer à juste titre l’organisation « Together We Built », en excluant les femmes des efforts de réconciliation et de construction de la paix, la communauté internationale et les politiciens libyens « passent à côté de toute la situation ».

Le RFMM aspire à ce que Stephanie T. Williams demeure un solide point de référence pour les femmes libyennes, en soutenant leur participation effective et significative à tous les aspects ayant trait à la paix et à la sécurité, conformément à la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies et à ses résolutions ultérieures, et continue de s’engager efficacement avec tous les acteurs de la société civile à l’Est, à l’Ouest et au Sud de la Libye.

Afin que le processus de paix soit véritablement mené par et pour les Libyens et qu’une solution victorieuse à long terme soit avancée, les femmes doivent avoir un rôle à la table des négociations.

[1] https://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/2019_LBY_HRP-FINAL.pdf

[2] https://www.wilpf.org/wp-content/uploads/2019/06/WILPF_Libya_Policy_Brief_Web.pdf

[3] Palwasha L. Kakar, To Help End a War, Call Libya’s Women Negotiatorshttps://www.usip.org/publications/2019/10/help-end-war-call-libyas-women-negotiators

 

Bulletin d’information

Le RFMM publie un bulletin périodique d’information électronique parmi ses membres, les autres réseaux régionaux de femmes médiatrices et le grand public. Il contribue à diffuser les activités du réseau et à fournir un aperçu des débats et activités en cours dans les forums internationaux sur la médiation et le genre.

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